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Reynes, le 19.10.2015
Jean Paul Salini
Général de l'Armée de l'air (2°s)
Commandeur de la légion d'honneur
à
Monsieur Bruno Le Maire
Député.


Monsieur le Député,
Dernièrement vous avez dit en parlant de la Syrie: " Il faut une coalition
internationale à laquelle, à mon sens, la France devrait participer en mettant, elle
aussi, un nombre limité de troupes au sol. " Et vous avez ajouté qu'elle (la
France) doit prendre "l'initiative d'une coalition internationale qui devrait
évidemment associer en premier lieu les États de la région."
Je suis un général d'aviation et j'ai quitté le service depuis bien longtemps. Il
n'est guère dans les habitudes des généraux de rompre le silence auquel ils ont
été habitués. Mais je crois que je dois faire valoir ici quelques-unes de mes
idées.
• Lorsqu'on commence une guerre la seule certitude que l'on peut avoir est
qu'on ignore trois choses. Comment elle finira! Et quand elle finira. Et
même si elle finira. Car il est des guerres éternelles comme celle qui
oppose Israël aux Palestiniens.
• Les choses au Moyen Orient sont tellement embrouillées que nul ne peut
dire qu'il connait le problème et qu'il en a la solution. En fait il n'y a pas
de solution. On ne connait même pas les énoncés des problèmes. Cela
choque nos esprits occidentaux mais c'est comme ça. Ces populations aux
origines et aux religions diverses ne vivaient en paix autrefois que parce
qu'elles étaient soumises à l'Empire turc. Personne ne veut, ni ne peut,
prendre la succession de l'Empire turc. Nul ne peut être arbitre sous peine
de se voir reprocher par toutes les parties en présence de les avoir
injustement brimées et d'avoir favorisé les autres. Et je vous rappelle, à
tout hasard, que le siège de Rabbath par Joad, général de David a dû
avoir lieu vers l'année 980 avant notre ère. À l'époque c'était les Juifs


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contre les Philistins. Je me suis laissé dire qu'il n'y a pas de voyelles dans
les langues sémitiques. Philistin ça s'écrit P.L.S.T.N. Et Palestinien ça
s'écrit comment ? P.L.S.T.N. aussi! Vous voyez ? Alors ce n'est pas pour
faire plaisir à un président américain que ça va cesser.
• Les pays du monde entier n'aiment pas que les occidentaux s'ingèrent dans
leurs affaires. Les occidentaux, quoi qu'il arrive sont responsables de tout.
Qu'ils se taisent ou qu'ils parlent, qu'ils agissent ou qu'ils se tiennent cois,
tout leur est imputé!
• Les guerres et les révolutions sont menées par des individus divers :
doctrinaires, théoriciens, politiques, profiteurs et hommes d'affaires Mais
ils ont tous une caractéristique en commun : la détermination. Cette
détermination imprime aux évènements un dynamisme effrayant. Toute
révolution, toute guerre est une explosion d'énergie. Et cette explosion,
comme une explosion nucléaire, ne se maîtrise pas. Tous les anciens
tabous sont supprimés. Y compris, et c'est essentiel, celui du respect de la
vie humaine. Tout devient possible. Il n'est pas conseillé de heurter de
face une révolution. La seule solution est de lui susciter des adversaires, le
plus d'adversaires qu'il se peut et d'attendre. D'attendre quoi? Tout
simplement que l'énergie se disperse et qu'elle se fatigue! Dans le cas qui
nous occupe, ça risque de durer et Daesh et Al Qaïda ne sont peut-être que
les premiers d'une longue série.
• Nous autres, occidentaux avons le respect de la vie humaine. Ce sentiment
nous est venu après plusieurs hécatombes sanglantes et a été favorisé sans
doute par le fait que notre natalité est faible. Du coup toute perte est
significative et nos soldats sont comptés. On a vu, chose inconcevable
pour un général de 14-18 ou de 39-45, le chef de l'Etat se déplacer aux
Invalides pour enterrer de simples soldats. On ne peut pas opposer, quelle
que soit leur valeur militaire, ces soldats "comptés" aux hordes
inépuisables qui nous font face et pour qui la mort est un aboutissement. Il
faudrait pour avoir raison de ces hordes pratiquer le massacre de masse.
Bien évidemment nous ne le pouvons pas.
• L'une des armes les plus efficaces de notre adversaire c'est la terreur.
Croyez-vous que nous puissions utiliser nous-mêmes la terreur?
• Intervenir en Syrie avec des troupes au sol! Mais quelles troupes? Nos
soldats sont occupés aux quatre coins du monde et le reste, dans le cadre
de Vigipirate, marche inlassablement à travers les rues de nos villes. Des
soldats, il n'y en a plus. L'Armée de terre tout entière tiendrait dans le
stade de France. Et vous ne croyez pas que nous avons assez à faire en
Afrique?
• Je suis effrayé de constater avec quelle facilité la France s'engage dans
des opérations extérieures. Si on s'en tient à la seule Afrique la liste est de
40 interventions en cinquante ans. Quelques-unes sont mineures mais
voici les principales/


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• 1969 Tchad contre la rébellion du Tibesti et du Frolinat (M.
Pompidou)
• 1977 Mauritanie : contre le Front Polisario (M. Giscard d’Estaing)
• 1978 Zaïre : opération à Kolwezi (M. Giscard d’Estaing)
• 1979-1981 Centrafrique : destitution de Bokassa (M. Giscard
d’Estaing)
• 1983-1984 Tchad : opération Manta contre la Libye (M. Mitterrand)
• 1985 Tchad : bombardement des soldats Libyens (M. Mitterrand)
• 1990-1995 Rwanda : opération Turquoise (M. Mitterrand et
gouvernements Bérégovoy puis Balladur)
• 1997 Congo-Brazzaville : contre le Nigeria (M. Chirac-Jospin)
• 2002- 2011 Côte d’Ivoire : Opération Licorne, Chute de Laurent
Gbagbo (M. Chirac puis M. Sarkozy)
• 2011 Libye : Chute de Kadhafi (M. Sarkozy)
• 2013 Mali : opération Serval (M. Hollande)
• 2013 Centrafrique : opération Sangaris (M. Hollande)
• 2014 Opération Barkhane (contre des groupes Djihadistes au
SAHEL à partir du 1er août 2014. (M. Hollande). Elle remplace Epervier,
déclenché en 1986 (M. Mitterrand).


• Il faut bien évidemment ajouter à cela les opérations faites ailleurs
qu'en Afrique. Toutes celles du Liban, par exemple ou la participation à la
première guerre d'Irak contre Saddam ou notre action en Afghanistan ou en
Syrie. Et j'allais oublier notre action en Yougoslavie. Il est difficile de nier
l'intérêt de quelques-unes de ces interventions et on peut leur trouver des
justifications mais au bout du compte, ça fait beaucoup.


• Je me demande encore ce que nous sommes allés faire en Afghanistan,
sinon complaire au gouvernement des Etats Unis.
• En tant qu'aviateur, si je considère le petit nombre d'avions que nous
avons engagés et les distances considérables que certains doivent
parcourir pour atteindre leurs objectifs, j'ai quelques doutes sur l'efficacité
de notre action en Syrie. Je manque de renseignements sur les résultats
obtenus mais je crains qu'ils ne soient pas à la hauteur des inconvénients
liés à notre implication dans ce conflit.
• La guerre, c'est le mal absolu. Contrairement à ce que prétendait le docte
général Clausewitz, la guerre n'est pas "la politique continuée par d'autres
moyens". La guerre c'est le constat de faillite des diplomates et des
politiques. La guerre, c'est lorsque les pauvres troupiers et les malheureux
civils doivent payer l'ardoise des erreurs commises par leurs dirigeants. Je
le sais. J'ai été promené, pendant toute ma carrière, dans des guerres
diverses, ordonnées par des gouvernements inconsistants et à court
d'idées. Et lorsqu'elles ont été finies (et perdues) on m'a expliqué que
c'était ma faute et que j'avais eu tort de les faire. Clémenceau disait (et il
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avait raison) que la guerre est une chose trop sérieuse pour être confiée
aux seuls militaires. Mais à qui, Bon Dieu! confiera-t-on la paix?
• On ne me persuadera jamais que les ennemis de la France sont à Damas
ou à Bagdad. Les ennemis de la France sont en France. Nous marchons à
grand pas vers la guerre civile. Il y a les Corses, les Bretons, les Basques
les Catalans. Et surtout il y a d'immenses collectivités récemment venues
en France qui ne savent pas, qui ne peuvent pas, qui ne veulent pas
respecter la culture et la civilisation de la France. L'immigration? Une
chance pour la France? Oui! car celui-là qui appartient à une double
culture m'enrichit. Mais dans notre cas il ne s'agit plus d'une immigration
mais d'une invasion. De l'occupation de la France par des blocs étanches,
insolubles, et qui trainent derrière eux des idées du moyen -âge et des
querelles d'autres pays et d'autres temps.
• Assez de croisades, Monsieur le Député! Elles n'ont jamais porté bonheur
à la France. Tout récemment, monsieur Bernard Henry Lévy, philosophe
de son état, ce qui devrait l'inciter à une certaine modération, a sorti sa
plume et a prêché l'intervention en Libye contre l'abominable Kadhafi.
"La Guerre! Vive la guerre!" Mais monsieur Lévy s'est montré
convainquant. Il avait la vérité! Alors on est allé faire un petit tour en
Libye et on s'est aperçu avec étonnement que notre intervention n'avait
pas changé de façon sensible la mentalité des Libyens ni leur façon de
régler (ou de ne pas régler) les problèmes.
• Et ne me parlez plus du leadership de la France, de l'exemple français.
"Gesta Dei per Francos!". On n'entend plus que ça. Cela nous rend odieux
à nos partenaires. Mais la France n'est plus une grande puissance. Et cela
depuis un instant bien précis. Depuis le 10 mai 1940, à 3h 30 du matin.
• Cela ne veut pas dire que l'influence de la France est réduite à néant. Mais
elle doit chercher l'efficacité plus que le geste. Elle doit oeuvrer avec
discrétion. Elle doit susciter des ennemis à ses adversaires. Elle doit
profiter des querelles des autres sans jamais s'y impliquer. Elle doit tracer
autour d'elle un cordon sanitaire qui la mette à l'abri des aventures
risquées. Nous ne devons pas être les pompiers ni les gardiens de but.
Parce que les pompiers finissent toujours par se brûler et que les gardiens
de but finissent toujours par encaisser des buts.
• Et s' "Ils" veulent se battre, eh bien! qu'ils se battent! Ce sont leurs
affaires. Si elles font les nôtres tant mieux! Et il faut se débrouiller pour
qu'elles nous soient favorables. En attendant rien ne nous empêche de
"clamer le droit". C'est ce que font les bons apôtres depuis soixante ans.
Ça ne mange pas de pain et ça n'engage à rien.
• Car leurs affaires sont embrouillées. Celui qui pense connaître les tenants
et les aboutissants du Moyen Orient est ou un présomptueux, ou un
imbécile, ou un ignorant. Tout est infiniment complexe. Celui qui pense
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avoir une solution est un fou. Et quelle que soit la solution proposée ce ne
sera pas la bonne. Alors évitons d'en proposer une.
• Ah! Un dernier point pour finir. Ne pensez pas, monsieur le Député, qu'on
va pouvoir s'en tirer en enseignant aux autres les vertus démocratiques. La
démocratie est une conquête qui exige du temps. Nous avons mis deux
cents ans pour l'apprendre. Et il n'est pas bien évident que nous ayons tout
compris.
• Quant aux malheureuses populations, je les plains autant que quiconque.
Mais il apparait que, sauf dans quelques pays privilégiés, elles n'aient
d'autre avenir que les barbus, la dictature ou l'exil en Europe. L'Europe où
elles apporteront leurs problèmes et leurs drames!
• Alors un peu de méfiance, Monsieur le Député. Vous ne savez pas dans
quoi vous vous engagez. La guerre est une chose trop sérieuse pour être
déclarée comme ça, pour satisfaire à des impulsions généreuses.
• Et il nous reste tant de choses à faire chez nous. Nous, qui marchons
allègrement vers une guerre civile et religieuse. Il nous faut restaurer
l'idée nationale. Faire respecter l'Etat. Assimiler les corps étrangers.
Fermer les frontières à des populations moyenâgeuses. Abattre les
bastilles. Réformer la Justice, les Finances, l'Enseignement, le droit du
travail. Donner un bras armé à la Cour des Comptes. Restaurer le sens des
responsabilités. Alléger le poids de l'Administration sur la vie
quotidienne. Diminuer les dépenses de l'Etat et des collectivités locales.
Rétablir la sécurité. Nettoyer notre pays des éléments inassimilables en
restaurant la peine du bannissement. Et par-dessus-tout, cette mission
suprême qui est d'éviter la guerre et d'assurer la survie de notre peuple, de
notre culture et de notre civilisation. Ça ne vous suffit pas?
Je vous assure, Monsieur le Député, de ma très haute considération.
J.P.Salini
Le Vila 66400 Reynes


P.S. J'ai l'intention de communiquer cette lettre à mes correspondants habituels.
Non pas pour vous mettre en cause mais pour faire valoir mes idées.

Tag(s) : #Actualités

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