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Carlton de Lille : des filles et des francs-maçons

Carlton de Lille: des filles et des francs-maçons

En marge du cas de Dominique Strauss-Kahn, nombre de francs-maçons apparaissent dans ce dossier de proxénétisme. Les juges estiment qu’il cache un véritable réseau. Info ou intox?

DSK, sexe et franc-maçonnerie… Plus d’un an après le début del’affaire dite « du Carlton », on en sait un peu plus sur l’arrière-plan de ce dossier de proxénétisme dont plusieurs acteurs ont contribué à fournir des prostituées à l’ancien directeur général du FMI. Les trois juges d’instruction eux-mêmes n’ont-ils pas écrit, dans une ordonnance datée de la fin 2011, qu’ils voyaient là l’oeuvre de « réseaux francs-maçons, libertins et politiques »? Si rien ne prouve à ce jour que des obédiences sont impliquées en tant qu’organisations, la surreprésentation des « frères » donne au scandale lillois une odeur de soufre. Dans un milieu habitué à la discrétion, pareil déballage fait désordre, et suscite bien des aigreurs du côté des loges nordistes.

Un appât pour aider à faire « tomber » les bars à hôtesses

De fait, le « casting » a de quoi intriguer les magistrats: six des huit mis en examen pour « proxénétisme aggravé en bande organisée » sont francs-maçons. Quatre d’entre eux appartiennent au Grand Orient de France (GODF): René Kojfer, 70 ans, ex-chargé des relations publiques de l’hôtel Carlton; Francis Henrion, 46 ans, ancien directeur de l’établissement; Emmanuel Riglaire, 44 ans, avocat; et David Roquet, 44 ans, ex-cadre d’une filiale d’Eiffage(entreprise de travaux publics). Précision importante: les trois premiers font partie de la même loge lilloise (les Amis réunis), le quatrième étant affilié à la loge Thémis de Cambrai. Le commissaire divisionnaire Jean-Christophe Lagarde, autre personnalité locale concernée, est pour sa part membre de la Grande Loge de France (GLDF). Quant à Fabrice Paszkowski, 45 ans, patron d’une entreprise du secteur paramédical, il fait partie de la Grande Loge traditionnelle et symbolique Opéra (GLTSO). Seuls DSK lui-même et le propriétaire du Carlton, Hervé Franchois, sont des profanes.

 

Les protagonistes de l’affaire du Carlton de Lille

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afp.com

 

Pour comprendre le fonctionnement du groupe et ses liens avec la maçonnerie, il faut d’abord s’intéresser à son pivot: René Kojfer, l’homme de la « com » – et de bien d’autres choses – au Carlton. Aucun doute, l’intéressé a le sens du soutien fraternel. « Lorsque lecommissaire Lagarde est arrivé à Lille, je l’ai aidé à trouver un appartement », confie-t-il à L’Express. Dans la foulée, il lui a aussi donné accès aux « tenues » (réunions rituelles) de sa loge (en simple visiteur)… et aux « filles » de son ami belge Dodo la Saumure, proxénète fort réputé outre-Quiévrain. Les mêmes jeunes femmes qui, par la suite, feront le voyage jusqu’à Washington auprès de Dominique Strauss-Kahn.

René Kojfer, adepte du mélange des genres et des gens, n’hésite pas à proposer des virées festives à ses copains et à ses « frères ». Ainsi, en 2010, il se fait inviter à déjeuner chez le fameux Dodo, à Tournai, en Belgique, accompagné d’Eric Vanlerberghe, 65 ans. Etonnant personnage que ce retraité de la police reconverti en détective privé et domicilié au… Carlton avant que n’éclate l’affaire. Ce membre de la loge Thémis fut l’un des dignitaires nationaux du GODF à la fin des années 1990.

 

J’suis avec Kojfer, tu veux une salope?

 

Lors de ce même repas bien arrosé, un policier français en exercice, lui aussi affilié à Thémis, figure parmi les convives. Ce jour-là, Kojfer en profite pour « consommer une fille », selon la formule employée, depuis, devant les juges. Un peu plus tard, alors qu’il téléphone à un ami, Vanlerberghe intervient dans son dos en hurlant: « J’suis avec Kojfer, tu veux une salope? » Cette question vaut aujourd’hui à Vanlerberghe d’être « témoin assisté » dans l’enquête sur le réseau du Carlton alimenté par Dodo.

C’est qu’à partir de janvier 2011 le téléphone de Kojfer est écouté par les enquêteurs français, qui ont fini par céder à la demande de leurs homologues belges, soucieux de coincer leur compatriote proxénète. Peu à peu, ils découvrent ainsi la vie de Kojfer. Un vrai polar… Depuis les années 1970, celui-ci sert en effet d’appât pour aider des policiers, en particulier son copain Eric, à faire « tomber » les bars à hôtesses. Le binôme avait une stratégie imparable: Kojfer jouait le client, « montait » avec une fille; et son acolyte attendait que le couple soit nu pour intervenir en flagrant délit.

En 1981, ce même Vanlerberghe parraine Kojfer au sein de Thémis, à Cambrai. Dix ans plus tard, ce dernier obtient son transfert à la loge Merlin de Douai, puis aux Amis réunis de Lille. Y était-il pour autant actif? Ses « frères », peut-être soucieux de prendre leurs distances, le décrivent comme très peu assidu. « C’est faux », s’insurge l’intéressé, tout en admettant n’avoir planché en tenue qu’une fois en dix ans. « Je suis un bienfaiteur de la franc-maçonnerie, poursuit-il, comme piqué au vif. J’ai parrainé de cinq à huit frères en loges! » Des policiers, surtout…

« Les juges font une fixation sur la franc-maçonnerie »

L’affaire du Carlton se résumerait-elle donc à une histoire de faux frères pieds nickelés? « Les juges font une fixation sur la franc-maçonnerie », s’agace mollement Kojfer. Mais comment s’en étonner quand on sait que son parcours a croisé, et croise encore, bien des « frères »? Ainsi, à la fin de 2011, lorsqu’il est en prison, l’aumônier israélite qui lui rend visite est de la GLDF. Un autre exemple? Pour rédiger ses « Mémoires » intitulés L’Homme du Carlton (parution prévue, selon lui, en janvier), Kojfer affirme avoir « pris comme nègre un éditeur membre de la GLNF [Grande Loge nationale française]« .

En attendant, le personnage continue d’intriguer. Il est même devenu un tel catalyseur de fantasmes que certains l’imaginent en organisateur de vastes tournées sexuelles. Ainsi, en 2011, le quotidien Nord-Eclair affirmait, sur la base d’un témoignage anonyme, qu’après les réunions maçonniques « des bus partaient régulièrement de la rue Thiers [où se trouvent les temples des loges lilloises] pour les maisons closes de Dodo la Saumure ». « La publication de cet infâme ragot était monstrueuse », s’indignent les frères du Nord – Pas-de-Calais interrogés par L’Express. SelonJacques Mutez, adjoint (PRG) de la maire de Lille au commerce et à l’artisanat, l’origine de la rumeur est identifiable: « En raison d’un jumelage avec la loge la Charité, du Grand Orient de Belgique, les membres de notre atelier, la Lumière du Nord, se rendent une fois par an à Charleroi pour une tenue rituelle commune, pas pour des ébats sexuels! »

 

http://troisiemevoie.fr/5948-carlton-de-lille-des-filles-et-des-francs-macons/

Tag(s) : #Francs Maçons

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