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Laïcité : la crèche Baby Loup contrainte au déménagement

Natalia Baleato (à gauche), la directrice, et Monique Reuet (à droite), la présidente de la crèche Baby Loup, en 2010 dans la cité de la Noé, à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines).

 

De vives tensions ont suivi l'annulation du licenciement d'une salariée voilée. Une proposition de loi d'Éric Ciotti réglementant le port des signes religieux en entreprise est examinée jeudi.

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Le groupe UMP a déposé une proposition de loi, sous l'impulsion d'Éric Ciotti, visant à inclure dans le Code du travail la possibilité pour un chef d'entreprise de réglementer le port de signes religieux sur le lieu de travail. Ce texte doit être examiné dans l'Hémicycle jeudi, lors d'une journée réservée au groupe UMP, mais n'a aucune chance d'être adopté. Il visait cependant à répondre aux questions posées par l'annulation, par la Cour de cassation, du licenciement d'une salariée qui travaillait à la crèche Baby Loup, une crèche aujourd'hui contrainte de déménager. «Vous avez vu La Haine de Mathieu Kassovitz? Alors vous savez où nous sommes situés!», résume un salarié de la crèche.

Dans l'histoire de Baby Loup à Chanteloup-les-Vignes (Yvelines), le 19 mars dernier restera gravé dans toutes les mémoires. Ce jour-là, date de la décision de la Cour de cassation, est également celle où le maire de Conflans (Yvelines) leur propose de les accueillir. Dégoûtée par le manque de soutien de la municipalité de Chanteloup, Baby Loup accepte. Le déménagement aura lieu début 2014.

Dans sa décision, la Cour estime que la crèche Baby Loup étant une entreprise privée, son règlement intérieur ne peut pas interdire les signes religieux au personnel. La crèche, structure associative, a vécu cette décision comme une véritable trahison. Un coup de massue. «Dans un pays où la laïcité est un principe fondateur, on ne peut pas dire c'est un principe dans le public et ne pas en tenir compte dans le privé», défend Éric Ciotti.

Créée il y a vingt-deux ans par une réfugiée politique chilienne, ancienne sage-femme, Natalia Baleato, Baby Loup est ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 pour permettre aux familles avec des horaires décalés de faire garder leurs enfants et favoriser l'émancipation des femmes en leur permettant de travailler. La philosophe féministe Élisabeth Badinter est marraine de la structure.

Les principes de laïcité ne font pas partie de la charte de départ, ils se grefferont par la suite, la neutralité religieuse étant la seule façon de faire cohabiter plus de 55 nationalités différentes. La jeune femme licenciée était directrice-adjointe de la crèche avant de partir en congé maternité et de revenir voilée. Elle avait même participé à la rédaction du règlement intérieur interdisant tout signe religieux au sein de l'établissement. Et, comme le raconte un salarié de la crèche, elle avait rappelé à l'ordre des éducatrices qui «oubliaient sciemment de retirer leur voile quand elles commençaient à travailler». Après ce licenciement, la tension monte entre certains parents et la direction de la crèche.

Personnel déboussolé

«Avec la décision de la Cour de cassation, on avait perdu la partie. C'est du moins de cette façon que les choses ont été perçues dans le quartier, confie au Figaro Didier Cros, trésorier de l'association Baby Loup. Le personnel aussi a été déboussolé alors que nous avions jusqu'alors une légitimité laïque.» L'association décrit une «irritation latente» des familles qui de plus en plus, expriment des exigences liées à la religion. «On est à seulement 20 km de Paris et on est dans un autre monde, dénonce Me Richard Malka, l'avocat de la crèche. Ici, même les policiers ne veulent plus venir.» L'ambiance se dégrade.

 

Apparaissent par exemple des demandes d'alimentation halal pour les enfants. «Certains parents n'hésitent pas à faire pression sur le personnel musulman de la crèche pour les prendre à partie, explique Didier Cros, trésorier de l'association. La direction n'a donc plus de légitimité et elle doit jongler au quotidien avec le poids communautaire de certains parents et membres du personnel.»

 


Autre exemple avec ce père de famille qui exige que son enfant soit réveillé après une heure de sieste au motif que s'il dort plus la journée, il est «intenable» le soir. Refus des puéricultrices qui lui expliquent qu'on ne réveille pas un enfant. Le père s'emporte, les insultes fusent, («sale Blanche» est lâché), l'homme demande à voir du personnel musulman. Les parents sont convoqués par la direction qui propose d'appeler la police. Le père répond qu'il n'a pas peur et qu'il a déjà fait cinq ans de prison… Me Richard Malka confie «craindre tous les jours un dérapage».


Le personnel de la crèche ne peut plus sortir fumer sans se faire insulter. Leurs pneus de voitures sont crevés, les carrosseries rayées. Les assiettes des enfants sont illustrées avec des petits animaux: girafe, chevaux, cochons, ce qui leur a valu des qualifications d'islamophobes. «Il y a deux semaines, l'Inspection du travail nous a envoyé une injonction pour réécrire le règlement et autoriser le port du voile, confie Me Malka. Nous n'avons pas encore répondu.

 

La République nous laisse tomber après nous avoir planté un couteau dans le dos avec la décision de la Cour de cassation. Je ne mets pas en doute les propos de François Hollande concernant la laïcité mais maintenant, il faut passer aux actes. Car si on voulait propager les thèses du FN on ne s'y prendrait pas mieux.»

Et les enfants? Didier Cros s'indigne: finalement, ils restent les oubliés de l'histoire. «Le ministre de l'Éducation parle de morale laïque à l'école. Mais quid avant? C'est à la crèche que se fait la construction de l'enfant».

 

Le Figaro

Tag(s) : #Islamophobie un devoir civique

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