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Le djihad à portée de clics

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Par Cécilia Gabizon Publié le 29/03/2012 à 13:58 Réactions (62)
Internet est devenu un instrument majeur de la prédication de l'islam le plus extrême, dont le combat s'ancre aussi dans l'interprétation des textes religieux.
Internet est devenu un instrument majeur de la prédication de l'islam le plus extrême, dont le combat s'ancre aussi dans l'interprétation des textes religieux.
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Des milliers de sites islamistes extrémistes, dont une vingtaine en français, ont gangrené la toile, mêlant antisémitisme virulent, théorie du complot et soutien au terrorisme.

L'horreur est désormais à portée de clics. Si l'on tape «Faire le djihad» dans Google, il existe plus de 1,6 million de réponses, dont certaines très explicites. La requête «Décapitation» exhume son lot de vidéos monstrueuses. Que chacun peut consulter dans l'intimité de sa chambre, profitant de l'apparent anonymat du net pour assouvir une curiosité morbide. Comme Mohammed Merah, qui visionnait en boucle ces scènes d'horreur. Avant de tuer sept personnes à Toulouse et Montauban au nom d'al-Qaida! Depuis, Nicolas Sarkozy envisage de criminaliser la consultation de sites faisant l'apologie du terrorisme...

On en compterait quelque 5000 selon le chercheur Marc Knobel, qui publie en mai L'Internet de la haine. Ces sites prônent le djihad, à mots plus ou moins couverts. Leur nombre enfle, comme une hydre qui s'étend et se recompose lorsqu'on cherche à la contrer. Instantanée et mondiale, comme la toile. Cette propagande en ligne s'avère efficace. Car ces milliers de sites se crédibilisent, comme si l'écho de leur folie, de sites en plates-formes de partage de vidéos, finissait par donner une consistance à leurs délires.

D'autant que sur le net, la thèse d'un historien côtoie la prose délirante des islamistes, sans qu'aucun référent ne les distingue. Au détour d'une question sur la pratique, sur un point de dogme religieux, les internautes peuvent atterrir sur un site d'information généraliste musulman sérieux, comme il en a fleuri ces dernières années, aussi bien que sur un forum fondamentaliste, sans toujours en percer la nature. Derrière l'écran, certains se laissent parfois enivrer par un discours identitaire, qui insiste sur la «Oumma», la communauté des croyants. Tandis qu'ils n'auraient jamais osé rejoindre un groupe de barbus dans leur quartier.

Cette familiarisation avec des thèses fondamentalistes participe de l'endoctrinement. Même si la radicalisation s'avère un parcours bien plus complexe, rappellent les policiers qui travaillent sur les djihadistes.

La plupart des sites sont en arabe. Mais il existe une vingtaine de sites radicaux en français. «Ils qualifient systématiquement l'ennemi, l'Occidental, appellent au djihad et encouragent les attentats terroristes», explique Marc Knobel. Dans une prose qui renverse les responsabilités, et présente le djihad comme un acte de légitime défense. «Lorsque les ennemis d'Allah placent leurs épées sur la gorge des musulmans et terrorisent leurs enfants et les personnes âgées... Alors il est obligatoire pour tous ceux qui en sont capables de les combattre, de répandre leur sang et de faire le djihad contre eux jusqu'à la libération complète de la Palestine et de tous les pays musulmans», peut-on lire sur Ansar al-Haqq, site islamiste français. C'est le cheikh Sulayman al-'Ulwan qui s'exprime, inconnu du grand public mais disposant de son cercle d'influence dans la mouvance salafiste, ces rigoristes qui entendent mener la vie du prophète à notre époque.

Parmi ces fondamentalistes, généralement peu politisés, le paysage évolue. Le djihad intérieur, cette tension pour s'élever comme musulman, s'est mué pour une certaine frange d'entre eux en guerre contre «les mécréants». Et même s'ils sont peu nombreux à professer cette haine, le net amplifie leur rhétorique, celle des musulmans persécutés, foulés au pied par les Occidentaux. Oppressés, de la Palestine à la Tchétchénie. Un récit ponctué de photos dramatiques d'enfants blessés ou morts.

La théorie du complot à toutes les sauces

La Palestine sert d'étendard à ces fous de Dieu. Et l'on ne compte plus les diatribes qui nazifient littéralement l'Etat d'Israël et les Juifs. «Si vous ne combattez pas les Juifs, ces porcs, vous êtes des castrés, des hommes émasculés», peut-on écouter dans une vidéo populaire en anglais. Ou c'est encore le cheikh al-Qardaoui, sommité du monde musulman, qui explique en arabe, dans une vidéo récupérée par les services de renseignement français sur YouTube, que «Allah punit régulièrement les Juifs pour leur corruption»; Hitler, avec «tout ce qu'il leur a fait» et, bien que «cela ait été très exagéré par les Juifs», a réussi à les «remettre à leur place». «C'est un châtiment divin (...) si Allah veut, la prochaine fois ce sera par la main des musulmans.»

En français, les délires antisémites sont «adaptés». «N'oublions pas que ces islamistes radicaux ne sont pas des extraterrestres. Ils vivent dans la France de 2012 et connaissent le degré d'acceptabilité de chaque expression, souligne le politologue Jean-Yves Camus. Ils voient tout ce qui circule, et notamment la prose des antisionistes radicaux, cela repousse sans cesse les limites de leur délire.» Ces derniers jours, on a vu monter sur ces sites «la thèse d'un Merah passé par Israël au cours de son voyage au Moyen-Orient et donc récupéré par le Mossad!». La théorie du complot sert de combustible à la révolte. Et partout, ces fous de Dieu voient la main des Juifs. «Le sionisme est, pour eux, la manifestation contemporaine et ultime de cette aspiration occidentale à dominer le coeur du monde islamique et arabe», avance Marc Knobel. Les complots viseraient à déstabiliser le monde pour provoquer une troisième guerre mondiale, «forcément dirigée contre l'islam». Véritable fabrique à rumeurs, le net a ainsi donné toute son ampleur à la fameuse thèse développée par Thierry Meyssan, qui prétendait dans son livre L'Effroyable imposture qu'aucun avion ne s'était écrasé sur le Pentagone, le 11 septembre 2001, et que l'explosion serait en réalité liée à un attentat perpétré par des militaires américains poursuivant de sombres desseins antidémocratiques. Pour les sites islamistes, ces attentats n'étaient qu'un prétexte pour envahir l'Afghanistan puis l'Irak.

Mais le combat de ces radicaux contre l'Occident s'ancre aussi dans l'interprétation des textes sacrés. Sur un des portails fondamentalistes français, on s'étend longuement sur la corruption de la parole divine (le Coran) par les juifs et les chrétiens. «On peut considérer ceci comme un «kufr» (blasphème) car Allah a déclaré que les juifs et les chrétiens sont des «koufar» (incrédules) dans Son Livre. Les juifs ont été décrits comme ceux qui ont mérité la colère d'Allah. C'est parce qu'ils ont su la vérité et ont choisi d'aller à son encontre. Les chrétiens ont été décrits comme ceux qui se sont égarés. C'est parce qu'ils ont cherché la vérité mais se sont trompés. Maintenant, tous savent la vérité et le reconnaissent. Cependant, ils vont à son encontre. Par conséquent, ils méritent tous d'avoir la colère d'Allah sur eux.» Les opérations martyres sont également encouragées. «Ô combien est notoire la différence entre celui qui se suicide parce qu'il est malheureux... et celui qui fait sacrifice de sa personne en se lançant dans l'opération -parce que sa foi et sa conviction sont fortes et qu'il désire donner victoire à l'islam en sacrifiant sa vie pour que la parole d'Allah soit la plus élevée!»

Cette nébuleuse est sous surveillance. En janvier, le ministère de l'Intérieur a fait fermer le site Forsane Alizza et dissoudre le groupuscule qui aurait enrégimenté «une petite centaine de militants». Considéré par la Place Beauvau comme «un sas de radicalisation», Forsane Alizza appelait à «combattre tous les mécréants», à commencer par les Juifs, présentés comme «de la racaille qui passe son temps à se victimiser pour excuser leurs exactions aux yeux du monde». Ils prônaient également la lapidation en Occident et le meurtre des homosexuels... Des appels à la haine accompagnés d'un entraînement au combat bien réel, qui a permis de les appréhender. Mais déjà, des vidéos de ses anciens membres fleurissent sur les sites de partage...


La loi face au maquis des sites radicaux

«Désormais, toute personne qui consultera de manière habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme ou qui appellent à la haine et à la violence sera punie pénalement», a annoncé Nicolas Sarkozy cette semaine. Après la dérive meurtrière, à Toulouse et Montauban, d'un jeune de banlieue qui regardait des scènes de décapitation sur le net, le chef de l'Etat a souhaité la création d'un «nouveau délit». La mesure a suscité des réticences, comme toujours lorsqu'il s'agit de surveiller le net. «Il faudra définir la notion de consultation régulière d'un site, note l'avocat Stéphane Lilti, qui a fait fermer plusieurs sites islamistes par le passé. Par ailleurs, il est difficile de criminaliser la lecture de textes, seraient-ils terribles.»

Les fournisseurs d'accès à internet (FAI) refusent, eux, de surveiller ce que leurs abonnés font sur la toile. «Nous pouvons livrer les identités associées à des adresses IP (d'ordinateurs) si la justice nous le demande. Mais nous ne voulons pas suivre nos clients sur les réseaux.» Pour l'instant, les FAI ne gardent que les données de connexion et ne savent rien de chaque navigation individuelle. Il est d'ailleurs difficile de suivre les internautes, qui passent maintenant par des systèmes presque privés, comme Android pour circuler sur le net. Finalement, le dispositif français, s'il voit le jour après les élections, pourrait se calquer sur celui en vigueur en matière de pédo-pornographie. Lorsqu'un site est fermé - ou qu'une personne est interpellée et son ordinateur saisi -, les policiers demandent aux opérateurs d'identifier toutes les adresses IP qui s'y sont connectées. Et la consultation régulière est pénalisée.

À ce jour, il est possible de demander la fermeture de sites radicaux, même s'il est souvent délicat d'arbitrer entre la liberté d'expression et l'incitation à la haine. Si l'éditeur refuse de retirer le contenu délictueux, on peut alors actionner l'hébergeur, puis, en dernier lieu, réclamer le blocage par les fournisseurs d'accès en France.

LIRE AUSSI:

» Al-Qaida, un label capable d'attirer des djihadistes

» Comment les talibans forment les aspirants djihadistes

 

 

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2012/03/29/01016-20120329ARTFIG00789-le-djihad-a-portee-de-clics.php

 

 

Tag(s) : #Devenir musulman

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