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Marche pour la vie: « L’IVG ne sera jamais un acte médical comme un autre »

Pour Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita, qui participe à la Marche pour la Vie, ce dimanche 19 janvier, le projet de loi d’égalité entre les femmes et les hommes, débattu à partir du lundi 20 janvier, est un « déni de la souffrance des femmes ayant avorté ».

19/1/14 - 11 H 54

La marche pour la vie, en 2012

La marche pour la vie, en 2012

Avec cet article

ENTRETIEN

Tugdual Derville, délégué général d’Alliance Vita

La Croix :  Comment réagissez-vous au projet de modifier la législation sur l’avortement, qui conduira à remplacer « la situation de détresse de la femme » par les mots « qui ne veut pas poursuivre une grossesse » ?

Tugdual Derville : Pour nous, cela relève à la fois du déni et de la volonté de banaliser un geste qui ne sera jamais anodin. Cela revient à nier cette souffrance morale propre à une femme enceinte qui sait bien que la décision qu’elle va prendre aura un impact énorme non seulement sur le destin d’une autre vie en jeu, mais sur son destin personnel de femme, de mère, et éventuellement sur celui de sa famille, de son compagnon, de ses autres enfants si elle en a. L’avortement est bien autre chose que ce qu’en disait Simone de Beauvoir, le comparant à l’extraction d’une dent. Le deuil à faire d’un enfant qui ne naîtra pas n’a rien à voir avec la perte d’une dent. Les partisans de la suppression de la notion de « détresse des femmes » dans la législation estiment qu’il faut faire de l’avortement un acte médical comme un autre, mais justement ce ne sera jamais un acte médical comme un autre. Ce projet de loi risque de se retourner contre les femmes. En laissant croire que c’est un acte banal, non seulement on nie la souffrance des femmes qui ont vécu une IVG, mais on tend aussi à déresponsabiliser les hommes et la société qui se lavent les mains sur un sujet dramatique aux conséquences sociales, sanitaires, très importantes.

Le discours de l’Église sur ce sujet a-t-il évolué, selon vous ?

T. D. : Globalement non. Il a été théorisé de manière magistrale par Jean-Paul II dans l’Évangile de la vie : il est tclair sur les principes et à la fois très humain envers les personnes. Il est conscient des conditionnements que subissent les femmes ; et lorsqu’il s’adresse à celles qui ont vécu un avortement, il affirme : « rien n’est perdu ». Ce qui est souvent l’inverse de ce qu’elles ressentent, car beaucoup s’auto-accusent.

Cela étant, je dirais que le discours de l’Église s’est peut-être affiné : au-delà des principes connus, et qui semblaient mal compris au point de faire obstacle au message de l’Évangile, beaucoup de pasteurs se rendent compte aujourd’hui que le drame de l’avortement est un lieu qui nécessite d’autant plus leur présence. Il y est question de vie et de mort, de peine et de deuil, et donc, pour l’Église, d’apporter en ce lieu une consolation à des personnes très blessées par l’expérience de l’avortement.

À Alliance Vita nous recevons chaque année 1 500 situations d’IVG. Dans notre écoute, nous voyons combien l’avortement a un retentissement sur toute la personne. Je ne prétends pas que toutes les femmes souffrent de leur avortement, mais ce retentissement est tel que s’intéresser au sujet de l’avortement n’est pas d’abord une question de principe, de « doctrine », mais une question d’humanité ; là où il y a de la peine, de la division, de la souffrance, assez naturellement l’Église va essayer d’apporter une parole de réconfort et de vérité, l’un n’allant pas sans l’autre.

Beaucoup de catholiques sont engagés dans des associations de soutien aux femmes concernées par la question de l’avortement… Comment percevez-vous cet engagement de l’Église sur le terrain ?

T. D. : Il est important de marcher contre une loi injuste, bien sûr, mais il est tout aussi important – car les slogans peuvent vite brutaliser la personne – d’agir au quotidien, à partir d’une écoute approfondie, empathique, portée par un regard qui ne juge pas, qui laisse un espace de liberté. Et l’Église est experte en la matière, qui ne réduit jamais une personne à ses actes. J’observe que de plus en plus de personnes sont attentives à cet accompagnement et à offrir une écoute. Si on entend par Église l’ensemble des fidèles, associations, il y a une très belle créativité, une solidarité au travers d’actions multiples, d’associations, de mouvements, qui essaient d’être dans le respect profond des personnes, d’embrasser d’un seul regard la femme et celui qu’elle porte, en visant la paix, l’unité. 

 

RECUEILLI PAR CÉLINE HOYEAU
Tag(s) : #AVORTEMENT Crime

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