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LETTRE OUVERTE. Un policier à Manuel Valls : « Nous n’en pouvons plus de ce mépris »

 
 
 
 
 
 
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Militant socialiste, flic sur la voie publique à Marseille, il dénonce les conditions de travail qui « pourrissent » la vie de famille et les relations entre collègues.

TRIBUNE

Monsieur le ministre de l’Intérieur, camarade Valls,

Comme beaucoup de nos concitoyens, et surtout comme homme de gauche, j’ai participé aux primaires organisé par le Parti socialiste en y déposant un bulletin de vote.

La campagne venue, j’ai, malgré mon devoir de réserve, accompagné notre parti à la victoire qui permit votre nomination comme ministre de l’Intérieur. « Le changement c’est maintenant » : ce slogan, cher camarade ministre, je l’ai crié et je l’ai porté.

« J’ai fait le choix de la voie publique »

Croyez-moi ou pas, je l’ai fait sans volonté personnelle de bénéficier de quoi que ce soit, ou de faire l’objet d’une quelconque bénédiction ministérielle (avancement, grade etc.), mais avec conviction.

Ces convictions qui ont fait de vous le maire d’Evry, le militant socialiste d’Argenteuil ou le responsable syndical à l’UNEF-ID, entre autres.

J’exerce mon métier de policier à Marseille, en brigade de nuit. Je risque ma vie tous les jours et ce risque, je l’ai choisi.

Des caractéristiques personnelles me permettraient de me planquer dans un bureau, aux frais de la princesse, mais j’ai fait le choix de la voie publique, de la rue et des risques qui s’y prêtent.

Aujourd’hui, je veux vous dire que nous n’en pouvons plus. Nous n’en pouvons plus de ce dédain, de ce mépris, de l’ignorance de ces chefs de service qui nous considèrent comme de simples exécutants, voire de minables collaborateurs, et non comme de véritables policiers.

Ça nous dresse les uns contre les autres

Nous travaillons de nuit pour un salaire de misère : 80 centimes supplémentaires de l’heure, soit 250 euros en moyenne par trimestre, péniblement.

Nous sommes systématiquement rappelés sur nos repos lorsqu’un collègue est malade, pourrissant à la fois nos vies de famille et les relations entre collègues. Cela nous dresse les uns contre les autres et crée une rupture entre les policiers.

Alors que nous sommes dans le même bateau, l’administration se frotte les mains de nous voir dans la division à cause de sa politique de réduction des effectifs.

Nous voyons des collègues partir dans des services bien équipés (unités VTT, compagnies de sécurisation et d’intervention…).

Et nous, nous continuons à trimer sans moyens, dans des voitures sans chauffage ou puant le diesel, se taper des plaintes sur des ordinateurs dépassés, voire obsolètes vu les logiciels utilisés.

Y aurait-il plusieurs polices ? Camarade ministre, nous travaillons avec des jeunes Adjoints de sécurité (ADS) payés au smic, risquant leur vie pour une administration sans scrupules. Lorsque ceux-ci commettent une faute, ça vaut aussi pour nous, gardiens de la paix et gradés.

Nos chefs de service se régalent de primes

Nous devons bien souvent nous contenter d’un kebab mangé sur le pouce parce que le nombre des missions ne cesse d’augmenter. En parallèle, nos moyens – humains et matériels – fondent comme neige au soleil… de l’austérité.

Nous apprenons avec stupéfaction que nos chefs de service se régalent de primes annuelles avoisinant les 20 000 euros (info ou intox ?). Nous sommes obligés de nous acheter nos propres chaussures d’intervention (celles de notre administration sont douloureuses).

Je suis délégué à la CGT-Police, adhérent et militant au Parti socialiste. Je veux que vous sachiez, camarade Ministre, que je serai toujours dans le camp du progrès social, dans votre camp.

Mais je vous demande rapidement des signes visibles, afin que les hommes et les femmes dont j’ai contribué à la victoire me prouvent que « le changement c’est maintenant ». Car à l’heure où je vous écris cette lettre, je me pose cette question :

Le changement, c’est quand ?

Fraternellement,

Dominique Pierre, gardien de la paix à Marseille, délégué CGT-Police.

Rue89

Tag(s) : #Fin de l'Etat de droit

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